Parcours d’entrepreneure : Mélanie Mickiels, cofondatrice de Belgomarkt

“C’est très important d’avoir un entourage, même s’il est critique, et de savoir qu’on peut compter sur cet entourage.

Mélanie Mickiels - photo prise par Sophie Dewulf

Mélanie Mickiels – photo prise par Sophie Dewulf

 Nous avons rencontré Mélanie Mickiels, une jeune entrepreneure bruxelloise de 29 ans. Accompagnée de son compagnon, Trésor et de leur amie, Stéphanie, elle est à l’origine du projet “Belgomarkt”, un supermarché qui ne vendra que des produits belges et ouvrira ces portes dans les prochaines semaines à Bruxelles.

Pourquoi s’être lancée dans l’aventure de l’entrepreneuriat ?

Je crois que l’élément déclencheur est d’avoir eu un enfant. A ce moment-là, je travaillais pour un promoteur immobilier et ça ne m’intéressait pas du tout. J’ai étudié la coopération au développement, j’ai travaillé pour une ONG puis dans un cabinet politique.

Après être tombée enceinte, c’est le premier boulot qui s’est présenté à moi. J’ai accepté et c’était vraiment horrible. C’est comme cela que le projet a émergé. Trésor travaillait dans l’univers des médias. Il avait de plus en plus envie de travailler dans quelque chose de plus concret.

Le but était aussi de se créer une situation professionnelle qui était plus sûre parce que je n’avais pas de contrat régulier.

Et pourquoi Belgomarkt ?

On est tous les deux passionnés par la nourriture et par le secteur de l’alimentation de manière générale. A un moment donné, on a pensé à s’installer au Congo pour démarrer quelque chose là-bas et c’est en réfléchissant à ce projet au Congo que le projet Belgomarkt nous est venu à l’esprit.

On remarquait que dans la communauté africaine de manière générale par rapport aux autres communautés à Bruxelles, l’argent circule très peu à l’intérieur de la communauté. Quand les Congolais vont faire leurs courses à Matongé, ils achètent des produits qui ne sont pas du tout africains, qui ne viennent pas du tout du Congo. Ils achètent du beurre de cacahuète allemand, même le pagne est fait aux Pays-Bas. On s’est dit que l’argent ne circulait pas. On voulait revenir au principe de l’économie circulaire.

Par ailleurs, on voyait l’intérêt qu’il y avait en Belgique pour les produits locaux et le désespoir des agriculteurs belges. On s’est dit qu’il y avait un gros trou sur le marché. Effectivement, il y a des offres de produits locaux qui passent beaucoup par tout ce qui est internet, etc, par les paniers bios, mais il n’y a pas de magasin physique. C’est de là qu’est née l’idée de Belgomarkt.

Peux-tu développer le concept de Belgomarkt ?

Belgomarkt est une alternative aux supermarchés de proximité conventionnels, par exemple, les Carrefours Express et Proxy Delhaize qui poussent comme des champignons partout. L’idée est de ne commercialiser que des produits belges. Avant de conceptualiser la chose, on est parti à la rencontre des producteurs. Cela nous a mis beaucoup de temps avant de créer notre listing (on a à peu près 2000 références maintenant et un peu plus de 220 producteurs). On a d’abord organisé des rencontres avec tous les producteurs pour voir si c’était faisable d’un point de vue logistique et puis on s’est attelé à la question économique et à monter notre plan financier pour voir si c’était rentable, etc.

Notre produit c’est ça, un supermarché de 250 m2 qui propose 1000 références C’est plus ou moins la moitié par rapport à ce qu’on voit dans les grandes surfaces proportionnellement à la surface commerciale. Donc on va vraiment à l’inverse de l’hyperchoix puisqu’on essaye de ne plus se baser sur cette logique de concurrence entre les producteurs et de la course au prix le plus bas mais de vraiment créer un partenariat. Pour pouvoir être concurrentiel par rapport aux autres supermarchés, notre modèle est de travailler en circuit court, supprimer les intermédiaires et de valoriser le vrac au maximum. Ce qui nous permet pour toute une catégorie de produits d’être concurrentiel.

Combien de temps s’est écoulé entre l’idée et la concrétisation du projet ?

J’ai d’abord démarré toute seule puisque Trésor travallait encore. J’étais la première à quitter mon emploi. J’ai travaillé 4 mois toute seule. Mais tout seul, je crois qu’on avance beaucoup moins bien et beaucoup moins vite qu’avec ses partenaires dans le projet.

Je dirais que cela a pris un an, réellement, peut-être pas à temps plein mais au moins un an pour être vraiment mûr.

Les contacts avec les producteurs ont aussi pris du temps…

Oui, parallèlement il y a le contact avec les producteurs. Mais il a aussi fallu  vraiment conceptualiser le projet, décider quand est le bon moment pour arriver sur le marché, trouver une surface commerciale, savoir quelle structure choisir, comment on veut travailler, quel management, va-t-on engager des gens, combien, comment, quoi, est-ce qu’on va faire de la transformation ou pas.

Cela a mis un an pour nous car on n’était pas du milieu de la vente au détail. On avait tous les deux travaillé dans l’horeca en tant qu’étudiants. Mais ce n’est pas du tout la même chose. Je crois qu’en tant que professionnel, quand on connait le métier, c’est autre chose. A mon avis cela aurait pu être plus rapide. On a dû apprendre plein de choses.

Quelles sont tes motivations pour devenir entrepreneure?

Je crois qu’il y a deux choses en parallèle.

Il y a le contexte socio-économique en Belgique et en Europe pour le moment qui est favorable à l’entrepreneuriat à cause du chômage, l’émergence de toute cette nouvelle économie collaborative qui stimule les jeunes pour lancer des commerces avec des business modèles qui n’intègrent pas que des questions de rentabilité.

Au niveau personnel, je me suis toujours vue, depuis toute petite, créer quelque chose et pouvoir en vivre. Ce n’était pas la priorité de pouvoir en vivre, mais en tout cas créer un projet et le faire fonctionner, le créer de A à Z.

As-tu eu des difficultés en tant que femme entrepreneure au moment de lancer ce projet ?

Non, pas pendant la création du projet. Je trouve qu’au niveau de la crédibilité, je n’ai pas ressenti que j’avais moins de crédibilité que Trésor.

Par contre, en tant qu’employée, je me suis parfois sentie plus discriminée qu’en tant que créatrice de projets ou jeune entrepreneure. Je trouve qu’il y a beaucoup plus d’allusions, un peu de drague, dans le milieu professionnel. En en discutant avec des amis, j’ai vraiment l’impression que c’est quasiment la norme pour toutes les femmes.

Donc le fait de créer ton propre projet t’a libérée en quelque sorte de cette discrimination ?

Oui, on peut dire cela comme ça. En tout cas, je n’ai plus du tout senti cette discrimination. Maintenant, on est à la fin de la création, on n’a pas encore tout terminé donc je ne sais pas comment cela va se passer pour la suite, une fois que je travaillerai, que l’entreprise fonctionnera.

 Au niveau conciliation vie privée et vie professionnelle, comment cela se passe-t-il ?

Il faut d’emblée y penser parce que le fait de monter quelque chose avec son copain, ce n’est pas évident. Je crois que ce sera beaucoup plus facile pour tous les deux quand on travaillera, parce qu’on sera avec d’autres gens. Depuis le début, on n’est qu’à deux.

Hormis les rendez-vous en journée (souvent, on fait ça ensemble, je crois que c’est la deuxième fois que je le fais toute seule aujourd’hui, on est tout le temps ensemble et obligatoirement on ne parle que de ça.

C’est clair que c’est pas facile de mettre une limite entre la vie professionnelle et la vie privée. Mais je crois que c’est quelque chose qu’on doit sentir au niveau de son couple, si on est capable oui ou non de se lancer dans ce genre d’entreprise. Mais c’est vrai que ce n’est pas facile, et au niveau de la vie de famille, il faut se mettre d’accord au préalable sur les priorités. Si on n’est pas d’accord sur les priorités, et sur ce que sont de manière pratique les priorités, alors ça risque d’être compliqué.

Quand tu as décidé de te lancer, quelles ont été les réactions de ton entourage ?

L’entourage des proches est toujours très protecteur. C’est un peu leur rôle, mais ils ont tendance à beaucoup remettre en question le projet, à remettre en cause la finalité, la viabilité. En fait, on essaye de franchir une succession de barrières et l’entourage proche consititue la première. C’est compliqué mais c’est nécessaire parce que c’est ce qui permet de renforcer la confiance qu’on a en notre projet.

Je crois que lancer un projet, c’est une éternelle bataille et c’est une étape nécessaire. Au fur et à mesure, on sent que notre projet est plus mûr et ces barrières-là, les questions des proches, on les voit comme des challenges et plus comme une barrière.

Je trouve que c’est très important d’avoir un entourage, même s’il est critique, d’en avoir un, et de savoir qu’on peut compter sur cet entourage. Ne serait-ce que pour garder les enfants. C’est des bêtises, mais tout le monde n’a pas la chance de pouvoir bénéficier de ça et c’est primordial d’avoir un entourage proche. La famille peut aussi être substituée par des amis.

As-tu eu peur avant de lancer le projet ?

Oui, tout le temps [rires]. Beaucoup plus maintenant parce que ça devient concret. Au début, on façonne et on est dans l’aisance, c’est gai quand on se lève le matin : on se dit “je vais créer mon projet, c’est chouette”. Donc on organise sa journée comme on veut. Mais après, c’est clairement l’angoisse de rentabilité. On approche de la date limite et ça devient assez tendu. J’avoue que c’est stressant.

As-tu des recommandations pour les futures femmes entrepreneures ?

De mon expérience, je crois que j’ai déjà donné plusieurs éléments.

Essayer de prendre tout ce qu’on peut prendre des expériences des autres,  rencontrer un maximum de personnes,  se faire coacher, absolument ! Vraiment, si on peut avoir accès à une structure d’accompagnement, il faut le faire, il ne faut pas hésiter. Même si cela peut apporter des contraintes au niveau du temps ou d’autre chose, il faut vraiment le faire.

J’ai vraiment vu la différence de régime : quand on rencontrait notre coach plus souvent ou moins souvent. Je crois que c’est vraiment essentiel d’avoir quelqu’un qui suive tous les détails du projet mais qui soit extérieur. Finalement, à part nous et la personne qui nous accompagne, il n’y a personne d’autre qui est autant au courant et qui connait le projet de l’intérieur. C’est la seule personne qui va connaître tous les détails. Et qui n’est pas de la famille, qui n’est pas un ami. Il y a justement cette distance qui est primordiale.

Autre chose qu’un de nos coachs senior nous a dit : “tu t’en fous de la concurrence”. On était stressé que quelqu’un ouvre là bientôt, on ne parle que des produits locaux, etc. Il faut avoir un concept qui soit super fort et l’affiner au fur et à mesure qu’on avance jusqu’au moment où on sent que c’est le bon moment pour se lancer. Mais il ne faut pas être découragé par la concurrence.

Propos recueillis par Virginie Dewulf et photo prise par Sophie Dewulf


 

Pour en savoir plus  et soutenir ce projet:

Le site Web de Belgomarkt

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Un café avec Sarah Riguelle, propriétaire de Parade

« A un moment, on a envie de faire quelque chose et tellement envie de le faire qu’on décide de se lancer”

 

Sarah Riguelle Parade - photo prise par Sophie Dewulf

Sarah Riguelle Parade – photo prise par Sophie Dewulf

Nous avons rencontré Sarah Riguelle à dans son café littéraire, Parade. A 30 ans, cette femme bruxelloise a créé son propre emploi en combinant sa passion pour les livres et son sens de l’hospitalité.

Quel a été ton parcours avant de créer ton café littéraire ?

J’ai fait des études de communication à l’IHECS dans l’idée de me diriger vers le journalisme. Finalement, je me suis réorientée dans la section “animation socio-culturelle et éducation permanente”.

Comment est né ton projet ?

J’ai toujours été intéressée par les livres et le domaine de la littérature. Pendant mes études, j’ai fait mon mémoire sur le livre de jeunesse. Puis, j’ai fait un stage à la maison du livre à Saint-Gilles.

Ma première expérience professionnelle s’est faite en tant que journaliste. J’ai travaillé pendant deux ans au magazine Victoire (le supplément du journal Le Soir) en tant que journaliste freelance. Au bout d’un certain temps, cela m’a un peu lassée parce que j’aimais bien faire les articles culturels mais l’aspect commercial qui m’intéressait moins.

J’ai cherché à me diriger vers le domaine socio-culturel, par exemple en tant que chargée de communication pour une ASBL. Mais je n’ai jamais trouvé de boulot dans ce secteur parce qu’il n’y a pas beaucoup d’offres d’emploi.

C’est après moult recherches infructueuses que j’ai pensé à développer mon propre projet. J’avais justement deux amis qui s’étaient lancés dans un  atelier-boutique de couture. C’est leur expérience qui m’a montré que c’était possible de se lancer en tant qu’indépendante. J’avais une petite idée qui s’est développée et de plus en plus concrétisée jusqu’à l’ouverture de Parade.

Comment décris-tu Parade en quelques mots ?

Parade, c’est un café littéraire. C’est un petit café – resto qui est ouvert de 8h à 18h30. C’est avant tout un lieu agréable et sympa où on peut se poser, prendre un café, un thé, se restaurer. Cela me tenait à coeur aussi de développer l’aspect littéraire des lieux en y intégrant une bibliothèque avec des livres qui sont à disposition du public. Ce sont des livres qui sont soit écrits par des auteurs belges soit édités par des maisons d’édition belges.

As-tu eu des difficultés en tant que femme entrepreneure au moment de lancer ce projet ?

Honnêtement, non pas trop. Je n’ai pas vraiment l’impression qu’on m’a accordé moins de crédibilité en tant que femme. Concrètement, peut-être qu’avec mon propriétaire, qui est un peu conventionnel, à certains moments, je me suis dit “sans doute que si j’étais un garçon, il m’aurait d’avantage prise au sérieux.  Il y a aussi le fait que, je suis ici toute seule le soir, à la fermeture, avec la caisse. Ce n’est pas très sécurisant. Pour un garçon, cela ne serait pas le cas non plus. On se sent parfois peut-être un peu plus vulnérable, pour ces aspects de sécurité sur les lieux.

Sinon, dans mes rapports avec les gens, je n’ai pas vraiment eu de problème en tant que femme.

Quelles ont été les réactions de ton entourage quand tu as décidé de lancer ce projet ?

En général, les gens étaient assez enthousiastes. J’ai reçu beaucoup de soutien de la part de mes amis et de ma famille. Même si, je ne viens pas d’un milieu d’indépendants, ils ont confiance en moi. Et puis ils m’aiment bien donc il me soutenaient. Je pense que dans leur tête, ils se faisaient quand même un peu de soucis, mais voilà c’est normal… Ils se demandaient si je n’étais pas en train de me lancer dans quelque chose de complètement dingue, si je mesurais bien tout ce que ça impliquait.

Mon entourage se demandait surtout pourquoi choisir maintenant de développer un projet dans le secteur de l’horeca et dans le secteur littéraire. Ce sont quand même des secteurs en difficulté pour le moment.

Les gens voyaient parfois ça comme un doux rêve : “ah un café littéraire, tout le monde va venir boire un café et rester pendant 4 heures sans rien consommer”. Il a fallu aussi que je pense à l’aspect rentabilité de la chose, notamment en développant l’aspect horeca d’une manière cohérente pour faire rentrer un peu d’argent.

Au niveau conciliation vie privée et vie professionnelle, comment cela se passe-t-il ?

Je n’ai pas d’enfant et justement c’est aussi pour ça que je me suis dit que c’était le bon moment pour développer ce genre de projet. Mon copain m’aide beaucoup. Parfois évidemment, ça peut créer des tensions. Il est musicien. Il m’aide mais il n’a pas une part officielle dans le projet. C’est parfois un peu bizarre parce qu’il fait cela bénévolement donc je ne peux pas exiger grand chose de lui même si je le fais quand même (rires). Donc ça crée parfois quelques petites discordes mais le fait de développer un projet ensemble, c’est bien aussi.

Sinon, pour le moment, au niveau social, cela demande vraiment beaucoup de temps et je nai plus autant de vie sociale qu’avant. Avec le temps, ça va un peu se rétablir. J’espère, en tout cas.

As-tu eu peur avant de lancer le projet ?

Au tout début, non, parce que ça restait abstrait. Je n’étais toujours pas sûre de vraiment le faire. J’ai commencé à avoir plus peur au moment de prendre des engagements : signer le bail, signer le prêt à la banque.

Donc oui, j’ai quand même eu peur et j’ai toujours un peu peur. C’est toujours assez stressant.

Par exemple,  quand on a ouvert, il y a eu assez bien de monde. Et puis après un mois, il y a eu un petit creux. C’était un peu stressant. Pendant quelques semaines d’affilées, il y a eu des temps de midi un peu plus vides. Je me disais que les gens étaient venus tester au départ, maintenant, c’est fini.

Finalement, cela a été. Je crois qu’il faut juste un peu de temps pour se créer une clientèle, pour que les gens se rendent compte qu’on est là, qu’ils changent leurs habitudes sur le temps de midi et qu’ils décident de venir parfois ici plutôt qu’ailleurs.

As-tu des recommandations pour les futures femmes entrepreneures ?

Je pense que se faire entourer quand on a un projet, c’est vraiment important parce que pour moi, franchement, toute seule, ça n’aurait pas été. Je pense que discuter avec les gens, que ce soient des gens de structures comme Village Partenaire, Atrium ou autres, n’importe qui, des amis, cela amène toujours des nouvelles questions. Cela nous met face à des choses auxquelles on avait pas pensé soi-même. Cela nous apporte des nouvelles idées. Et se faire entourer via un encadrement comme Village Partenaire par exemple, c’est vraiment une solution pour ceux qui se sentent un peu perdus.

Propos recueillis par Virginie Dewulf et photo prise par Sophie Dewulf

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Le Doudou de Myriam Maxo – Zoom sur son parcours

Farfelu? Immature? Déconnecté?

Le Doudou est un des produits phares de la designer et conceptrice d’espace intérieur et extérieur Myriam Maxo. Une structure textile qui rappelle un teddy bear mais qui a la particularité de s’adresser aux adultes. Objet de design et de réconfort le Doudou a trouvé sa voie et  parmi ses acheteurs célèbres on compte même la chanteuse Beyonce.

Pourtant, avoir la trentaine et créer un doudou ce n’est pas le projet le plus conventionnel ! Myriam a du en entendre des avis décourageants. Mais elle a persisté et partage aujourd’hui volontiers son expérience avec les plus jeunes. Au cours de la 2eme édition des Kreyol Fashion Days qui se sont tenus en Guadeloupe au mois de juin 2015, le public a eu le plaisir de  découvrir une jeune femme drôle et pétillante, avec une pêche d’enfer !

Nous vous proposons un gros plan sur Myriam son parcours, son expérience et sa vision.

Un parcours atypique

  • Bonjour Myriam, le design n’est pas ta formation initiale, était-ce une orientation évidente ?

Ce n’était pas une orientation évidente, j’ai fais BEP et un BAC professionnel en  comptabilité donc ça n’avait rien avoir avec ça. C’est avec mon BTS en action commerciale que mon projet à commencé à s’affiner. J’étais relativement jeune quand je suis partie en Angleterre pour mes cours d’architecture intérieure, j’avais 22 ans et fini mes études en action commerciale.

  •  Donc tu as pas mal investi dans tes études?

Oui beaucoup, il faut ! Il faut ! Faire mon BEP et BAC professionnel m’a pris 4 ans. J’ai fini à 19 ans. J’ai arrêté mes études pendant une année et j’ai repris. Le fait d’avoir arrêté pendant une année, je pense que ça a du jouer, parce que travailler avec des professionnels qui se lèvent tous les matins pour bosser et gagner leur argent m’a permis de me rendre compte de la dureté de la vie.

  •  Pourquoi avoir choisi l’Angleterre ?

Parce que c’était le plus proche et plus évident. En tant que française les Etats-Unis ce n’est pas le même accès, ce n’est pas non plus les mêmes démarches pour les papiers. Et moi, je  suis partie sur un coup de tête, je ne suis pas partie en me disant je vais faire mes études en Angleterre, c’était pas du tout mon plan. C’était un petit périple de vacances et puis après les gens me disaient : « Pourquoi tu ne restes pas faire tes études regarde y’a une école d’art à tel endroit ». Donc je suis allée « taper » là-bas et la personne que j’ai rencontré a bien « kiffé » le personnage!

Myriam Maxo - Diversity Magazine

Un produit original

  • Des doudous en pagne il y’en a déjà, quelle est la spécificité de ton produit?

Des doudous en pagne y’en a quelques uns ?  Non, je pense que des doudous en pagne il y’en a qui ont copié !  Le concept c’est un doudou qui n’a pas d’yeux, qui permet aux gens de rêver, c’est une pièce artistique. Je fais de la sculpture textile. Effectivement ça a la forme d’un Ours, mais sans yeux et avec une pochette à l’arrière. Le but à travers un objet comme celui-ci, c’est de permettre aux gens d’avoir une touche d’originalité et de couleur chez soi. Voilà le concept du doudou ! Ce n’est pas un produit pour les enfants en fait. Un doudou c’est un petit chiffon tout plat, qu’on prend et qu’on malaxe pour se sentir rassuré, ça apporte cette sécurité. C’est ce que j’aime dans le mot « doudou »,  l’objet a récupéré le nom pour cette raison.

  •  C’est un challenge pour le positionnement du produit ?

L’objet apporte la force du partage de l’amour et tout ça, mais derrière il n’y a pas le coté enfant. C’est dangereux quand un produit qui n’est pas pour les enfants est utilisé par des enfants (sécurité). Là justement à cause de tout ça, je suis obligée de pousser le prix encore plus haut pour ne plus être assimilée aux « doudous ». Cela va être la nouvelle politique de mon  produit pour éviter la confusion  parce que c‘est un produit de luxe.

  • Pourquoi tu as choisi de créer un objet en pagne (tissu africain)?

Je travaille le pagne, le jean, je travaille d’autres matières. Mais bon comme on est black on nous parle toujours du pagne ! Après c’est vrai que j’ai fait un crochet sur le pagne pendant pas mal de temps. Le fait d’avoir fait un objet comme ça en pagne a interpelé tout le monde. C’est un de mes tissus préférés. T’as beau le couper dans tous les sens, tu ne pourras jamais retomber  sur les même pièces ! Le Doudou c’est tout ce concept là. Chaque pièce que je crée est unique, en série limitée.

MD3

Une vision

  • Quels enseignements tires-tu de ton parcours ?

Il y’a une phrase qui dit : « Les conseillères ne sont pas les payeurs », je pense que c’est important à considérer. Et euh… » l’herbe est plus verte là ou elle est arrosée » ! C’est tout simple ! Si tu veux de l’herbe verte, pas besoin de regarder dans le jardin de ton voisin. Il faut t’occuper de ta propre pelouse. C’est le conseil que je donne, car les proverbes de la vie c’est ce qui m’a beaucoup aidé !

  • Quelle est la prochaine étape pour toi ?

Je me prépare pour être au Who’s next cette année. Je suis super contente d’avoir atteint ce niveau qui n’est pas facile d’accès. Etre présente sur l’un des salons mode les plus renommés en France et aussi en Europe. Voir qu’il y’a des gens qui apprécient les belles choses et qui me donnent du  crédit, et ça a pris du temps du temps pour avoir le crédit par rapport au travail que je fais. Faut se dire qu’au début quand je faisais mes pièces, on me disait souvent « Ah ouais, c’est pas 50 euros ?  Ah ben en Côte D’Ivoire c’est 10 euros » ou « Ma tante elle faisait des petits doudous comme ça pour des gens en centre hospitalier ». En fait on veut toujours comparer des choses qui ne se comparent pas et ce n’est pas de la progression.

  • Pour finir, tu as une dernière recommandation pour les futures entrepreneures ?

  « L’authenticité c’est une valeur sure ».La personne qui ne copie pas n’a pas besoin de se défendre. On voit la différence au premier regard ! Entreprendre c’est bien et ça été la meilleure décision que j’ai prise. J’encourage les lectrices à être plus entreprenantes !

Merci Myriam de ta belle énergie!

Pour en savoir plus sur le travail de MyriaM Maxo :