Un café avec Sarah Riguelle, propriétaire de Parade

« A un moment, on a envie de faire quelque chose et tellement envie de le faire qu’on décide de se lancer”

 

Sarah Riguelle Parade - photo prise par Sophie Dewulf

Sarah Riguelle Parade – photo prise par Sophie Dewulf

Nous avons rencontré Sarah Riguelle à dans son café littéraire, Parade. A 30 ans, cette femme bruxelloise a créé son propre emploi en combinant sa passion pour les livres et son sens de l’hospitalité.

Quel a été ton parcours avant de créer ton café littéraire ?

J’ai fait des études de communication à l’IHECS dans l’idée de me diriger vers le journalisme. Finalement, je me suis réorientée dans la section “animation socio-culturelle et éducation permanente”.

Comment est né ton projet ?

J’ai toujours été intéressée par les livres et le domaine de la littérature. Pendant mes études, j’ai fait mon mémoire sur le livre de jeunesse. Puis, j’ai fait un stage à la maison du livre à Saint-Gilles.

Ma première expérience professionnelle s’est faite en tant que journaliste. J’ai travaillé pendant deux ans au magazine Victoire (le supplément du journal Le Soir) en tant que journaliste freelance. Au bout d’un certain temps, cela m’a un peu lassée parce que j’aimais bien faire les articles culturels mais l’aspect commercial qui m’intéressait moins.

J’ai cherché à me diriger vers le domaine socio-culturel, par exemple en tant que chargée de communication pour une ASBL. Mais je n’ai jamais trouvé de boulot dans ce secteur parce qu’il n’y a pas beaucoup d’offres d’emploi.

C’est après moult recherches infructueuses que j’ai pensé à développer mon propre projet. J’avais justement deux amis qui s’étaient lancés dans un  atelier-boutique de couture. C’est leur expérience qui m’a montré que c’était possible de se lancer en tant qu’indépendante. J’avais une petite idée qui s’est développée et de plus en plus concrétisée jusqu’à l’ouverture de Parade.

Comment décris-tu Parade en quelques mots ?

Parade, c’est un café littéraire. C’est un petit café – resto qui est ouvert de 8h à 18h30. C’est avant tout un lieu agréable et sympa où on peut se poser, prendre un café, un thé, se restaurer. Cela me tenait à coeur aussi de développer l’aspect littéraire des lieux en y intégrant une bibliothèque avec des livres qui sont à disposition du public. Ce sont des livres qui sont soit écrits par des auteurs belges soit édités par des maisons d’édition belges.

As-tu eu des difficultés en tant que femme entrepreneure au moment de lancer ce projet ?

Honnêtement, non pas trop. Je n’ai pas vraiment l’impression qu’on m’a accordé moins de crédibilité en tant que femme. Concrètement, peut-être qu’avec mon propriétaire, qui est un peu conventionnel, à certains moments, je me suis dit “sans doute que si j’étais un garçon, il m’aurait d’avantage prise au sérieux.  Il y a aussi le fait que, je suis ici toute seule le soir, à la fermeture, avec la caisse. Ce n’est pas très sécurisant. Pour un garçon, cela ne serait pas le cas non plus. On se sent parfois peut-être un peu plus vulnérable, pour ces aspects de sécurité sur les lieux.

Sinon, dans mes rapports avec les gens, je n’ai pas vraiment eu de problème en tant que femme.

Quelles ont été les réactions de ton entourage quand tu as décidé de lancer ce projet ?

En général, les gens étaient assez enthousiastes. J’ai reçu beaucoup de soutien de la part de mes amis et de ma famille. Même si, je ne viens pas d’un milieu d’indépendants, ils ont confiance en moi. Et puis ils m’aiment bien donc il me soutenaient. Je pense que dans leur tête, ils se faisaient quand même un peu de soucis, mais voilà c’est normal… Ils se demandaient si je n’étais pas en train de me lancer dans quelque chose de complètement dingue, si je mesurais bien tout ce que ça impliquait.

Mon entourage se demandait surtout pourquoi choisir maintenant de développer un projet dans le secteur de l’horeca et dans le secteur littéraire. Ce sont quand même des secteurs en difficulté pour le moment.

Les gens voyaient parfois ça comme un doux rêve : “ah un café littéraire, tout le monde va venir boire un café et rester pendant 4 heures sans rien consommer”. Il a fallu aussi que je pense à l’aspect rentabilité de la chose, notamment en développant l’aspect horeca d’une manière cohérente pour faire rentrer un peu d’argent.

Au niveau conciliation vie privée et vie professionnelle, comment cela se passe-t-il ?

Je n’ai pas d’enfant et justement c’est aussi pour ça que je me suis dit que c’était le bon moment pour développer ce genre de projet. Mon copain m’aide beaucoup. Parfois évidemment, ça peut créer des tensions. Il est musicien. Il m’aide mais il n’a pas une part officielle dans le projet. C’est parfois un peu bizarre parce qu’il fait cela bénévolement donc je ne peux pas exiger grand chose de lui même si je le fais quand même (rires). Donc ça crée parfois quelques petites discordes mais le fait de développer un projet ensemble, c’est bien aussi.

Sinon, pour le moment, au niveau social, cela demande vraiment beaucoup de temps et je nai plus autant de vie sociale qu’avant. Avec le temps, ça va un peu se rétablir. J’espère, en tout cas.

As-tu eu peur avant de lancer le projet ?

Au tout début, non, parce que ça restait abstrait. Je n’étais toujours pas sûre de vraiment le faire. J’ai commencé à avoir plus peur au moment de prendre des engagements : signer le bail, signer le prêt à la banque.

Donc oui, j’ai quand même eu peur et j’ai toujours un peu peur. C’est toujours assez stressant.

Par exemple,  quand on a ouvert, il y a eu assez bien de monde. Et puis après un mois, il y a eu un petit creux. C’était un peu stressant. Pendant quelques semaines d’affilées, il y a eu des temps de midi un peu plus vides. Je me disais que les gens étaient venus tester au départ, maintenant, c’est fini.

Finalement, cela a été. Je crois qu’il faut juste un peu de temps pour se créer une clientèle, pour que les gens se rendent compte qu’on est là, qu’ils changent leurs habitudes sur le temps de midi et qu’ils décident de venir parfois ici plutôt qu’ailleurs.

As-tu des recommandations pour les futures femmes entrepreneures ?

Je pense que se faire entourer quand on a un projet, c’est vraiment important parce que pour moi, franchement, toute seule, ça n’aurait pas été. Je pense que discuter avec les gens, que ce soient des gens de structures comme Village Partenaire, Atrium ou autres, n’importe qui, des amis, cela amène toujours des nouvelles questions. Cela nous met face à des choses auxquelles on avait pas pensé soi-même. Cela nous apporte des nouvelles idées. Et se faire entourer via un encadrement comme Village Partenaire par exemple, c’est vraiment une solution pour ceux qui se sentent un peu perdus.

Propos recueillis par Virginie Dewulf et photo prise par Sophie Dewulf

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